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[eBook]  Voyez comme on danse

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Un matin de printemps a lieu l´enterrement de Romain. Habité par un goût immodéré du bonheur, il ne croyait à rien mais cultivait un art difficile: l´amour de la vie. Il passait, un soleil intérieur se mettait à briller. Au cimetière, parmi des hommes et des femmes en larmes, son ami le plus proche voit ? ainsi que dans la première scène de «La Comtesse aux pieds nus» ? se dérouler les vies innombrables et les destins croisés de ceux qui jettent une rose sur le cercueil de celui qu´ils aimaient tant. Deux figures de femme règnent au long de ces pages: ce sont une mère et sa fille. Autour d´elles et de Romain, du New York des années 30 aux dernières découvertes de la science, en passant par les plaines d´Ukraine, une île grecque, un hôtel italien et la côte sud de la Turquie, on voit défiler le valet de chambre de Hitler, les pilotes de l´escadrille de Normandie-Nièmen, un historien d´art, un professeur de physique théorique, Arthur Rubinstein et le maréchal Joukov, Lucky Luciano et Churchill... Chacun d´entre eux est le héros d´un petit roman qui est lié par l´Histoire et les sentiments au grand roman qui les fait tous se rejoindre. La vie apparaît comme une grande sarabande; elle est aussi une fête en larmes.0400Le monde entier sortait d´une réplique de Béchir, d´une décision de Romain, d´un regard de Marina, d´un olivier de Ravello. Il n´y avait rien dans l´espace, il n´y avait rien dans le temps et dans ses profondeurs qui ne renvoyât à autre chose. Rien n´était suspendu. Rien n´était arrêté. Tout roulait, tout se mêlait. Le yin et le yang, le plein et le vide, les ordures et les étoiles. Pour trouver quelque chose de plus solide que le reste, nous nous précipitions aux origines: de la pensée, de la vie, de la matière, de l´énergie. Il y avait la naissance pour chacun d´entre nous, le surgissement de la conscience pour ceux que nous appelons les hommes, le big-bang pour l´Univers. Tout était pris dans le cycle, tout supposait toujours autre chose. La grande roue tournait sans fin. Le train de l´Histoire, de la vie et de tout le reste encore plus loin ne s´arrêtait jamais. On pouvait le prendre n´importe où. On pouvait sauter dedans avec Mahomet, avec le Christ, avec le Bouddha, avec les présocratiques, avec Abraham, ou les débuts de l´agriculture, ou l´invention du feu, avec cette vieille bique de Lucy, avec l´apparition dans le firmament du Soleil et de la Terre. Je n´avais pas de telles ambitions. Je grimpais à la gare, quarante secondes d´arrêt, buffet, correspondances en tout genre, du Caruso Belvedere.J´ouvrais les volets. Le soleil entrait dans la chambre 17 qui était simple et inoubliable. Quelques jours plus tôt, l´hivers à bout de forces traînait encore ses guêtres dans les rues de Paris. Les citronniers éclataient dans la vallée du Dragon. Les oliviers levaient les bras vers le ciel en témoignage d´allégresse. On voyait la mer au loin, derrière les vignes et les cyprès.Je regardais le monde. Il était beau. Je me retournais pour appeler Marina. Elle dormait encore dans le lit. Sa tête, sous les cheveux châtain très clair, presque blonds, reposait sur son bras replié. Le drap la couvrait à demi et la dénudait en même temps. Les lignes de son corps étaient si pures et si rondes qu´elles donnaient une idée de la perfection ici-bas. Je m´arrêtais, saisi. Je regagnais la fenêtre. On entendait un chant d´oiseau. Le cri d´un enfant. Plus rien. Le bleu du ciel dévorait tout. La vallée scintillait, immobile, silencieuse, écrasée de soleil. Les plans successifs menaient jusqu´à la mer des sirènes d´Ulysse. C´était un spectacle à couper le souffle. J´allais m´étendre sur le lit où dormait Marina.Elle s´éveilla. Je la pris dans mes bras. Je sentais son souffle sur mes lèvres. Son souffle, ses mains, ses jambes si fines et si longues. Il n´y avait plus rien d´autre. Le monde se confondait avec elle. Sa bouche, son ventre, ses seins qui étaient très ronds. Ce qu´il y a de plus profond chez l´homme, c´est la peau. Nous nous attardions sur le plus profond. Nous échangions nos dons. Elle me rendait ce que je lui offrais. À l´


Biographie

Jean d' Ormesson - 16/06/1925-05/12/2017 Francais France http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_d%27Ormesson
Né en 1925, membre de l'Académie française, Jean d'Ormesson a été directeur du Figaro. Il a publié trente-cinq livres dont deux volumes dans la collection « Bouquins » et Une autre histoire de la littérature française. Depuis quarante ans tous ses ouvrages ont rencontré un immense succès, entre autres Au plaisir de Dieu, La Gloire de l'Empire, Mon dernier rêve sera pour vous, La Douane de mer, Histoire du Juif errant, Voyez comme on danse, Et toi mon coeur, pourquoi bats-tu, La Création du monde, C'est une chose étrange à la fin que le monde. La Conversation est jouée au théâtre Hébertot depuis cinq mois.

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