Avant que j'oublie, le Prix Inter 2020. 

Le sémillant livre d’Anne Pauly, Avant que j’oublie, publié sous une pimpante couverture jaune, n’a peur de rien, et surtout pas de la mort du père, du fatras des obsèques, entre modèle Senanque à 1 956 euros et cérémonie du souvenir, de la maison à vider, et des humeurs éruptives de Jean-François, le frère orphelin. Despote déguisé en guide de montagne, polaire vert sombre et bermuda d’écolier, Jean-François ne veut pas verser d’arrhes au monsieur des pompes funèbres avant d’avoir pu se rendre compte du niveau de ses prestations. Jean-François refuse ; Anne accepte, et monte au rude créneau des choses, en bonne fille adoucissante concentré fleurs de tiaré. C’est trash, c’est tendre ; on rage, on rit, et ça fait du bien. Marie-Hélène Lafon

  • Il y a d'un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un "gros déglingo", dit sa fille, un vrai punk avant l'heure. Il y a de l'autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixelisé de feu son épouse. Mon père, dit sa fille, qu'elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy, et un monde anciennement rural et ouvrier. De cette maison il faut bien faire quelque chose, à la mort de ce père Janus. Capharnaüm invraisemblable, caverne d'Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille, la narratrice, qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Et puis, un jour, comme venue du passé et parlant d'outre-tombe, une lettre arrive qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant.

  • « Papa est né l'année où tonton Adolf est devenu chancelier : 1933. C'est l'année où pour la première fois on a découvert le monstre du Loch Ness. C'est l'année, enfin, où sortait King Kong sur les écrans. Mon père, c'est pas rien. » Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir et un père comme André Sfar. Ce livre pudique, émouvant et très personnel, est le Kaddish de Joann Sfar pour son père disparu. Entre rire et larmes.

  • Nos vies

    Marie-Hélène Lafon

    « J'ai l'oeil, je n'oublie à peu près rien, ce que j'ai oublié, je l'invente.J'ai toujours fait ça, comme ça, c'était mon rôle dans la famille, jusqu'à la mort de grand-mère Lucie, la vraie mort, la seconde. Elle ne voulait personne d'autre pour lui raconter, elle disait qu'avec moi elle voyait mieux qu'avant son attaque. »
    Le Franprix de la rue du Rendez-Vous, à Paris. Une femme, que l'on devine solitaire, regarde et imagine. Gordana, la caissière. L'homme encore jeune qui s'obstine à venir chaque vendredi matin... Silencieusement elle dévide l'écheveau de ces vies ordinaires. Et remonte le fil de sa propre histoire.
    Nos vies est le nouveau roman de Marie-Hélène Lafon. Il aurait pour sujet la ville et ses solitudes.
    Marie-Hélène Lafon est professeur de lettres classiques à Paris. Tous ses romans sont publiés chez Buchet/Chastel.

  • Fief

    David López

    Quelque part entre la banlieue et la campagne, là où leurs parents ont eux-mêmes grandi, Jonas et ses amis tuent le temps. Ils fument, ils jouent aux cartes, ils font pousser de l'herbe dans le jardin, et quand ils sortent, c'est pour constater ce qui les éloigne des autres.
    Dans cet univers à cheval entre deux mondes, où tout semble voué à la répétition du même, leur fief, c'est le langage, son usage et son accès, qu'il soit porté par Lahuiss quand il interprète le Candide de Voltaire et explique aux autres comment parler aux filles pour les séduire, par Poto quand il rappe ou invective ses amis, par Ixe et ses sublimes fautes d'orthographe. Ce qui est en jeu, c'est la montée progressive d'une poésie de l'existence dans un monde sans horizon.
    Au fil de ce roman écrit au cordeau, une gravité se dégage, une beauté qu'on extirpe du tragique ordinaire, à travers une voix neuve, celle de l'auteur de Fief.
    David Lopez a trente ans. Fief est son premier roman.

  • « Le goût du citron glacé envahit le palais de Jacob, affole la mémoire nichée dans ses papilles, il s'interroge encore, comment les autres font-ils pour dormir. Lui n'y arrive pas, malgré l'entraînement qui fait exploser sa poitrine trop pleine d'un air

  • Sombre dimanche

    Alice Zeniter

    Les Mandy habitent de génération en génération la même maison en bois posée au bord des rails près de la gare Nyugati à Budapest. Le jeune Imre grandit dans un univers mélancolique de non-dits et de secrets où Staline est toujours tenu pour responsable des malheurs de la famille. Même après l´effondrement de l´URSS, qui fait entrer dans la vie d´Imre les sex shops, une jeune Allemande et une certaine idée de l´Ouest et d´un bonheur qui n´est pas pour lui.
    Roman à la poétique singulière, tout en dégradés de lumière et de nostalgie, Sombre dimanche confirme le talent d´Alice Zeniter, révélée par Jusque dans nos bras.

  • À Minas Blancas, au seuil du désert, Georges et Florence Bernache dirigent la construction d'un tunnel destiné à livrer du pétrole mexicain vers les États-Unis, pour le compte d'une multinationale. Isolé au coeur du Mexique avec trois enfants, le couple d'expatriés se retrouve au fil des années complice des passages d'immigrés clandestins par ce conduit. Une entreprise qui risque à tout moment de les détruire. Dans ce roman sensible et puissant, l'histoire d'une famille se mêle à l'épopée des migrations modernes.

  • J'appelle narrats des textes post-exotiques à cent pour cent, j'appelle narrats des instantanés romanesques qui fixent une situation, des émotions, un conflit vibrant entre mémoire et réalité, entre imaginaire et souvenir. C'est une séquence poétique à partir de quoi toute rêverie est possible, pour les interprètes de l'action comme pour les lecteurs. On trouvera ici quarante-neuf de ces moments de prose. Dans chacun d'eux, comme sur une photographie légèrement truquée, on pourra percevoir la trace laissée par un ange. Les anges ici sont insignifiants et ils ne sont d'aucun secours pour les personnages. J'appelle ici narrats quarante-neuf images organisées sur quoi dans leur errance s'arrètent mes gueux et mes animaux préférés, ainsi que quelques vieilles immortelles. Parmi celles-ci, une au moins a été ma grand-mère. Car il s'agit aussi de minuscules territoires d'exil sur quoi continuent à exister vaille que vaille ceux dont je me souviens et ceux que j'aime. J'appelle narrats de brèves pièces musicales dont la musique est la principale raison d'être, mais aussi où ceux que j'aime peuvent se reposer un instant, avant de reprendre leur progression vers le rien.A.V.

  • En attendant le vote des bêtes sauvages. Le président Koyaga est un maître chasseur et un dictateur de la pire espèce. Au cours dune cérémonie purificatoire en six veillées, un griot des chasseurs et son répondeur lui racontent sa propre vie, toute sa vie, sans omettre les parts dombre et de sang. Koyaga est né dans la tribu des hommes nus. Il a fait la guerre dIndochine. Puis il a pris la tête de la République du Golfe en usant de la sorcellerie et de lassassinat. Accompagné de son âme damnée Maclécio, qui a vu en lui son homme de destin, il a parcouru lAfrique de la guerre froide, prenant des leçons auprès de ses collègues en despotisme. On naura guère de peine à reconnaître au passage Houphouët-Boigny, Sékou Touré, Bokassa, Mobutu pour ne parler que des non-vivants. De retour chez lui, grâce aux pouvoirs merveilleux que lui confèrent la météorite de sa maman et le Coran de son marabout, il triomphe de tous ses ennemis, déjoue tous les complots. Jusquau jour de la dernière conjuration où, sétant fait passer pour mort, il perd la trace de la maman et du maraboutAvec un humour ravageur et une singulière puissance dévocation, le récit mêle hommes et bêtes sauvages dans une lutte féroce, allie le conte à la chronique historique et renverse nombre didées reçues sur les relations étroites quentretiennent la magie et la politique mondiale.

  • - On m'appelle Claus T. Est-ce mon nom ? Dès l'enfance, j'ai appris à mentir. Dans ce Centre de rééducation où je me remettais lentement d'une étrange maladie, on me mentait et je mentais déjà. J'ai menti encore quand j'ai franchi la frontière de mon pays natal. Puis j'ai menti dans mes livres. Bien des années plus tard, je franchis la frontière dans l'autre sens. Je veux retrouver mon frère, un frère qui n'existe peut-être pas. Mentirai-je une dernière fois ?
    - Je m'appelle Klaus T. Mais personne ne me connaît sous ce nom-là. Depuis que mon frère jumeau a disparu, il y a cinquante ans de cela, ma vie n'a plus beaucoup de sens. J'ai longtemps attendu son retour. S'il revenait aujourd'hui, je serais pourtant obligé de lui mentir.
    Après les horreurs de la guerre ( Le Grand Cahier ) et les années noires d'un régime de plomb ( La Preuve ), le temps serait-il venu d'ouvrir les yeux sur la vérité ? Mais la vérité ne serait alors qu'un mensonge de plus car "un livre, si triste soit-il, ne peut être aussi triste qu'une vie".

  • Que de contradictions, d'ambiguïtés et de paradoxes dans la vie de Paltiel Kossover, vie marquée par le messianisme et le communisme, la révolution et la poésie, depuis le pogrom de la première enfance, l'exil, les missions clandestines comme agent du Komintern en Allemagne nazie et en Palestine, la guerre d'Espagne, les combats sur le front russe, tout cela pour finir dans un isolateur de la police secrète soviétique où le silence est plus raffinée des tortures.Que resterait-il de cette vie, semblable à celle de tant d'intellectuels juifs fascinés par le communisme et que Staline haïssait jusqu'à les faire assassiner ? Quelles traces, quels mots en rendraient compte sans l'intervention du greffier Zupanev, l'homme qui ne savait pas rire, le témoin silencieux du dernier combat de Paltiel Kossover ? Contre tout espoir, il pourra rire enfin, Zupanev : parole dite, message transmis au fils muet du poète, Grisha, qui le portera désormais en lui comme une mémoire retrouvée, perpétuant ainsi le rêve d'un enfant juif russe né avec ce siècle.Ce roman d'action, d'idées et d'aventures reflète les angoisses et les rêves d'une époque marquée par le désenchantement et la violence. Mais, par-delà l'effondrement d'un rêve, par-delà la mort et le silence, demeure ce rire qui s'élève soudain, libérateur et chargé d'espoir même si nul n'en comprend vraiment le sens.

  • Après avoir donné naissance à une petite fille, Cora Salme reprend son travail chez Borélia. La compagnie d'assurances vient de quitter les mains de ses fondateurs, rachetée par un groupe qui promet de la moderniser. Cora aurait aimé devenir photographe. Faute d'avoir percé, elle occupe désormais un poste en marketing qui lui semble un bon compromis pour construire une famille et se projeter dans l'avenir. C'est sans compter qu'en 2010, la crise dont les médias s'inquiètent depuis deux ans rattrape brutalement l'entreprise. Quand les couloirs se mettent à bruire des mots de restructuration et d'optimisation, tout pour elle commence à se détraquer, dans son travail comme dans le couple qu'elle forme avec Pierre. Prise dans la pénombre du métro, pressant le pas dans les gares, dérivant avec les nuages qui filent devant les fenêtres de son bureau à La Défense, Cora se demande quel répit le quotidien lui laisse pour ne pas perdre le contact avec ses rêves.
    À travers le portrait d'une femme prête à multiplier les risques pour se sentir vivante, Vincent Message scrute les métamorphoses du capitalisme contemporain, dans un roman tour à tour réaliste et poétique, qui affirme aussi toute la force de notre désir de liberté.
    Vincent Message est né en 1983. Cora dans la spirale est son troisième roman, après Les Veilleurs (Seuil, 2009), lauréat du prix Virgin-Lire, et Défaite des maîtres et possesseurs (Seuil, 2016), récompensé par le prix Orange du livre.

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