Philippe Jaccottet

  • À travers ces notes, Philippe Jaccottet peint avec sa propre palette des réflexions d'une grande délicatesse qui touchent à la fugacité de la vie, les lueurs d'espoir ou d'effroi qui la traversent. Promeneur attentif, il saisit la lumière à travers l'ombre, le tintement d'une cloche à travers le silence, faisant la part belle aux paysages et aux sons. L'auteur ne se départit jamais d'une grande douceur pour évoquer ses pensées, tantôt paisibles, tantôt douloureuses, comme un murmure.

  • Dans ce recueil d'une trentaine de poèmes, Philippe Jaccottet livre une version moderne des grands textes qui l'ont inspiré. Nous traversons le royaume des ombres sur les traces d'Orphée, d'Ulysse, célébrons les travaux et les saisons, prenons part à des fêtes chargées de mystère. On perçoit en filigrane des références aux traductions de l'auteur (Homère, Ungaretti, Dante) qui viennent flouter le cadre temporel pour donner toute sa nuance de madrigal au recueil, comme un écho à Claudio Monteverdi.
    Les Madrigaux apparaissent dans l'oeuvre du poète comme le point d'orgue de son art : sa virtuosité dans l'usage du vers libre, son extrême musicalité, le fil continu du jeu de l'ombre et de la lumière.

  • "Autrefois, /
    moi l'effrayé, l'ignorant, vivant à peine, /
    me couvrant d'images les yeux, /
    j'ai prétendu guider mourants et morts.

    Moi, poète abrité, /
    épargné, souffrant à peine, /
    aller tracer des routes jusque-là !

    À présent, lampe soufflée, /
    main plus errante, qui tremble, /
    je recommence lentement dans l'air."

  • Ce livre de Jaccottet peut servir d'introduction à son oeuvre poétique et littéraire. Cet ensemble de textes sur la campagne contient aussi de très belles méditations sur le travail du poète, sur sa condition d'homme démuni et incertain, privé de tout recours à une foi ou à une idéologie rassurantes. La perception et le sentiment de la nature sont d'une extrême délicatesse et d'une rare ferveur. À travers la description, Jaccottet fait le point sur sa vie de poète, sur sa conception de la poésie.

  • Les deux recueils rassemblés ici se tiennent sur un versant apaisé de l'oeuvre de Philippe Jaccottet, et témoignent d'une prise de distance avec les peurs, les douleurs, les alarmes passées. Non que la destinée humaine ait changé de trajectoire et se soit magiquement affranchie de sa finitude, mais des passages, des éclaircies sont ici entrevus qui tentent de déjouer les pièges du temps.

    Depuis le dessin général des paysages jusqu'à la floraison ascensionnelle de la rose trémière (que le poète nomme la "passe-rose"), la nature se donne pour la médiatrice privilégiée, celle qui, fragmentée, diversifiée, voire chaotique, suggère pourtant l'unité de la création. Et cette unité perceptible en chaque détail s'incarne dans l'écriture de Philippe Jaccottet qui joue ainsi de différentes formes d'expression (poèmes, proses poétiques, notes de carnet) pour, usant de la diversité comme un peintre des couleurs, composer un tableau qui estomperait son cadre et concilierait visible et invisible.

    Avec une économie de moyens qui lui est propre, Philippe Jaccottet dit l'essentiel : "que la poésie peut infléchir, fléchir un instant, le fer du sort. Le reste, à laisser aux loquaces".

  • Virginia Woolf écrit dans Orlando : "Écrire de la poésie, n'est-ce pas une transaction secrète, une voix répondant à une autre voix?" C'est comprendre la poésie comme une attention à ce qui semble une parole dite par le monde, et la recherche de la traduction la plus juste de cette parole, plus ou moins forte et plus ou moins cachée.
    Dans ce recueil de textes critiques dont le plus ancien remonte à 1954, le plus récent datant de 1986, il y a une écoute, non plus de cette parole du monde, mais de la voix poétique elle-même, telle qu'elle a tenté cette traduction chez Scève ou Gongora, Hölderlin ou Novalis, Ungaretti ou Rilke, chez des prosateurs tels que Senancour, Paulhan ou Dhôtel, ou chez des poètes contemporains, de Ponge à Bonnefoy.
    De bout en bout, cette écoute est celle d'un poète pour qui écrire de la poésie, en lire ou en faire lire, ne saurait être qu'ouvrir un dialogue aussi vrai que possible dans un monde comme aéré par lui.

  • "Ce livre, dont le titre est emprunté à une pièce de clavecin de Rameau, est un recueil de chroniques de poésie publiées en revue ou en journal entre 1955 et 1966. Quelques études et notes inédites les complètent. Elles concernent des oeuvres de poètes français ou suisses-français parues entre 1910 et 1966 (de Claudel à Pierre Oster).

    Ce livre ne prétend en aucune façon dresser un panorama de ce demi-siècle de poésie. Le fait même de la chronique a voulu que le hasard de l'actualité joue un rôle dans le choix ; le plus souvent, des raisons toutes subjectives en ont décidé.
    Jamais un livre de poèmes n'aura été pour moi objet de connaissance pure : plutôt une porte ouverte, ou entrouverte, quelquefois trop vite refermée sur plus de réalité. Tout simplement, je n'ai commencé d'écrire des chroniques que pour avoir été attiré, éclairé, nourri, par certaines oeuvres ; pour m'être attristé ou indigné de les voir méconnues ; pour avoir espéré leur gagner quelques lecteurs. Aussi s'agissait-il moins, pour moi, de bâtir une oeuvre critique à leur propos, que d'essayer d'ouvrir un chemin dans leur direction ; en souhaitant que ce chemin, une fois l'oeuvre atteinte, fût oublié. [...]"
    Philippe Jaccottet.

  • Ces textes de Philippe Jaccottet tirent pour la plupart leur inspiration du thème du voyage, de la promenade. Ce sont des itinéraires de campagne, une rêverie sur des noms de lieux. Certains paysages apportent des moments mêlés d'exaltation et de mélancolie. Il y a aussi des hauts lieux, comme les riches sanctuaires romans du Roussillon, ou un quartier de Florence déjà rencontré dans un poème de Montale. Plus tard, en remontant vers le Nord, la lumière diffuse, voilée, de la Hollande et de ses peintres.

    "À la poursuite d'images profondes, le voyage avait bien fini par devenir intérieur", dit l'écrivain. Ses descriptions minutieuses, empreintes d'humilité, aboutissent à un émerveillement. Tel est le secret, livré au détour d'une phrase, de cette prose qui se tient au plus près de l'émotion.

  • " Rilke savait mieux que personne qu'avoir écrit les Élégies et les Sonnets, avoir réussi à célébrer l'espace angélique tel qu'il l'avait pressenti très jeune et entrevu en certains moments décisifs de sa vie, ce n'était pas être devenu soi-même l'ange ou Orphée. /.../ Mais sans doute avait-il désiré le grand poème comme Colomb l'Amérique, comme l'amant l'aimée. "
    Dans cet ouvrage, Philippe Jaccottet s'emploie à retrouver un regard plus libre sur le poète et son oeuvre. Il s'écarte, dans la mesure du possible, de la légende et s'appuie sur ces mots de Robert Musil : " Rainer Maria Rilke était mal adapté à ce temps. Ce grand poète lyrique n'a rien fait que porter pour la première fois à sa perfection la poésie allemande... "
    Une monographie de référence, signée par un poète français parmi les plus importants, traducteur de l'oeuvre de Rilke.

  • "Beauté : perdue comme une graine livrée aux vents, aux orages, ne faisant nul bruit, souvent perdue, toujours détruite ; mais elle persiste à fleurir, au hasard, ici, là, nourrie par l'ombre, par la terre funèbre, accueillie par la profondeur. Légère, frêle, presque invisible, apparemment sans force, exposée, abandonnée, livrée, obéissante - elle se lie à la chose lourde, immobile ; et une fleur s'ouvre au versant des montagnes. Cela est. Cela persiste contre le bruit, la sottise, tenace parmi le sang et la malédiction, dans la vie impossible à assumer, à vivre ; ainsi, l'esprit circule en dépit de tout, et nécessairement dérisoire, non payé, non probant. Ainsi, ainsi faut-il poursuivre, disséminer, risquer des mots, leur donner juste le poids voulu, ne jamais cesser jusqu'à la fin - contre, toujours contre soi et le monde, avant d'en arriver à dépasser l'opposition, justement à travers les mots - qui passent la limite, le mur, qui traversent, franchissent, ouvrent, et finalement parfois triomphent en parfum, en couleur - un instant, seulement en un instant."

    Il ne s'agit donc nullement ici d'un journal intime. Plutôt de carnets de croquis où se seraient déposées quelques traces (de promenades, de rencontres, de lectures, de rêves), mais dont l'auteur aurait pris soin, ensuite, d'arracher les feuillets qui lui auraient paru sans vie. Un recueil de graines légères, pour replanter, essayer de replanter la forêt spirituelle.

    Philippe Jaccottet.

  • "Quelquefois la poésie, c'est-à-dire je ne sais quelle lumière, semble mêlée sans effort au mouvement simple des jours (comme la lumière physique aux objets) ; elle reste alors tout près du langage, imperceptiblement transfiguré par elle, et peut-être est-ce là qu'elle a le plus de vérité ; mais aussi, qu'il est le plus difficile de la maintenir.

    Trop souvent la voilà qui ne brille à nos yeux qu'en d'infimes échappées ; qui se sont ouvertes sans doute, elle aussi, dans la trame de notre vie ordinaire, mais, dirait-on, sur un lointain de moins en moins saisissable : les mots voudraient n'être plus que souffles, chaque poème une goutte d'eau pure."
    Philippe Jaccottet.

  • L'obscurite

    Philippe Jaccottet

    L'ancien élève, ou mieux, le disciple d'un grand philosophe, dont l'enseignement et la bienveillance personnelle ont joué un rôle capital dans sa vie, revient d'un long séjour à l'étranger et son premier soin est de revoir son maître. Après de longues recherches, il découvre sa retraite. La découverte est navrante : ce brillant esprit, ce savant admiré et fêté, cet amoureux fougueux et romanesque, ce père enfin, ont fait place à une espèce d'animal farouche qui vit seul dans l'obscurité, replié sur lui-même en une sorte d'attente provocante et révoltée de la mort. Car cet homme est une victime de l'idée de la mort ; elle s'est emparée de son esprit au point que toute activité, toute vie affective lui sont devenues impossibles. Aucune des hautes pensées qu'il inculquait jadis à ses élèves n'a eu de pouvoir contre l'horreur de cet anéantissement inéluctable. Il répond aux questions gênées de son disciple par des phrases comme : "Rien n'est vrai, rien n'est hormis le mal de le savoir".

    Le disciple cherchera donc seul une telle maladie de l'âme : "Ce sont peut-être les légers, les téméraires qui ont raison..., ceux qui acceptent le risque de se perdre sans espoir de compensation..."

    Ce récit se distingue par une simplicité qui n'exclut pas une réelle science d'écriture, par son sens subtil des nuances et des atmosphères, sa pudeur, qui ne voile cependant pas le drame du disciple devant l'échec de son "maître".

    Prix Hermès 1962

  • "Les fleurs du laurier-rose toujours fleuries, depuis des semaines - si mystérieuses pour peu qu'on y pense. Pourquoi a-t-il fallu qu'il y ait des fleurs - des couleurs ? Leur rose - sans pareil : une fraîcheur. Ou comme quand les enfants portent des lanternes éclairées, pour des fêtes. Lanternes en plein jour. Mais aussi, efflorescences de la terre, métamorphose, la monnaie, la petite monnaie des graines. La force qu'elles recèlent, qui fait qu'elles se brisent, laissent pousser hors d'elles une tige fragile, etc.
    La graine de l'âme ? Nous dans le corps maternel.
    Fleurs pour passer le fleuve des enfers, graines ou oboles."

    Il s'agit bien encore, dans cette Seconde Semaison qui couvre quinze années de vie, d'un recueil de graines et de pas autre chose : d'où la reprise, inévitable, du titre précédent. Choses vues, choses rêvées, choses lues ; mais celles-là seules, à ce qu'on espère, capables de porter fruit ou de servir, en effet, d'oboles, non tellement pour passer le fleuve des enfers (ce serait trop beau), mais pour franchir au moins, quelquefois, nos trop étroites limites, pour nous ouvrir des chemins ; et monnaies aussi, loin de tout cours de Bourse, pour aviver les seuls échanges qui importent, entre vivants, entre survivants.
    Philippe Jaccottet.

  • Et, neanmoins

    Philippe Jaccottet

    "Sous les coups qui se rapprochent, se multiplient, dans le heurt avec la pierre de plus en plus dure, de plus en plus froide.
    Dans le sombre désarroi qui vous prive de toute maîtrise et vous dicte quelquefois des paroles discordantes que l'on hésite à reconnaître pour siennes.

    Et, néanmoins : néanmoins, encore, devant vous, ces dernières 'frayeuses de chemin', si frêles, qu'on aura du moins encore su dire, sinon suivre aussi loin qu'il eût fallu."

    Philippe Jaccottet.

  • "Si, aujourd'hui, je compose de ces textes, dont la plupart remontent aux années 1947-1956, un petit livre qui peut passer pour une sorte de prélude aux deux volumes de La Semaison, il ne me semble pas que j'y mette une complaisance sénile (à quoi il sera toujours temps de céder !)

    On me laisse entendre que j'y serais, déjà, très présent, malgré des maladresses, des raideurs ou des emphases bien juvéniles. Mais ce qui compte seul à mes yeux, c'est que ces pages puissent répondre à l'exigence qui a toujours été la mienne, non pas tant avant d'écrire qu'avant de publier quoi que ce soit : à savoir qu'il y souffle un air assez vif, assez frais, venu des plus lointains livres comme j'aimais alors à en ouvrir, ou d'autres livres plus proches, mes nobles guides déjà (Dante, Hlderlin, Novalis...) ; venu, mieux encore, d'un visage approché, d'une rue ou d'un jardin traversés, venu de l'aube, de la lune, d'un passage de pluie - un air, donc, assez pur pour vivifier, rafraîchir, le temps au moins de la lecture, l'esprit de qui se promènera dans ces pages."
    Philippe Jaccottet.

  • Tu es ici, l'oiseau du vent tournoie, /
    toi ma douceur, ma blessure, mon bien. /
    De vieilles tours de lumière se noient /
    et la tendresse entr'ouvre ses chemins. 

    La terre est maintenant notre patrie. /
    Nous avançons entre l'herbe et les eaux, /
    de ce lavoir où nos baisers scintillent /
    à cet espace où foudroiera la faux. 

    "Où sommes-nous ?" Perdus dans le coeur de /
    la paix. Ici, plus rien ne parle que, /
    sous notre peau, sous l'écorce et la boue, 
    avec sa force de taureau, le sang /
    fuyant qui nous emmêle, et nous secoue /
    comme ces cloches mûres sur les champs.

  • "Pour présenter, en 1984, sur cette espèce de colonne Morris qu'est une 'quatrième de couverture', la première Semaison, je l'ai définie comme 'un recueil de graines légères, pour replanter, essayer de replanter la "forêt spirituelle"'.

    Il y a encore, heureusement, quelques graines de ce genre, lumineuses, dans ces récents carnets ; des clartés reçues non seulement du monde, mais aussi d'écrivains fort divers comme La Fontaine, Goethe, Maurice de Guérin, Claudel, et d'autres bien vivants ; mais y pèse aussi, plus large sans doute à cause de l'âge, une part d'ombre surgie des rêves, comme pour être mieux accordé, sans complaisance j'espère, au temps présent.

    L'essentiel tout de même, je voudrais le voir de préférence en telle brève note comme celle-ci : 'Herbe vue à contre-jour, naissante encore, peu dense, fine et droite : presque un filtre, une harpe... ou, tout près de la terre, ma dernière lyre. Pour faire entendre la lumière du soir qui est comme dorée, dans les rafales du vent déjà froid.'"

    Philippe Jaccottet.

  • Les Éléments d'un songe se présentent comme une suite de variations dont le thème initial est emprunté à L'Homme sans qualités de Musil. À la suite de cet écrivain, grand rêveur en quête d'états parfaits où l'on puisse oublier la laideur de la vie et l'horreur de la mort, mystique sans Dieu, passionné de la nature, Jaccottet cherche lui-même patiemment, en philosophe et en poète, les solutions qui permettent de vivre. Des images de femmes, tantôt exaltées, tantôt douces et plus enclines que l'homme à la résignation, s'associent fréquemment à ces méditations. Pour l'une d'elles, qui a tenté de se suicider avec du poison, il écrit : "Ce n'était pas le ciel qu'il lui aurait fallu, mais la terre seulement un peu éclairée et l'air plus frais, et pouvoir passer sans horreur dans la boue." Les remèdes habituels contre cette douleur de vivre et cette crainte de la mort, sagesse, religions, et jusqu'à la psychanalyse, paraissent à l'auteur sans pouvoir.

    L'amour semble capable d'effacer pour un temps ces angoisses ; mais "si le corps cherche la possession, l'âme n'en veut pas. La chance de Dieu est d'être insaisissable". En fait, Dieu affleure à toutes ces méditations ; mais l'auteur voudrait redécouvrir "le feu des religions sans passer par la vie étroite d'une piété qu'il n'accepte pas". Où peut mener cette mystique sans Dieu, cette soif inextinguible de beauté et d'harmonie, ce refus hautain de la réalité quotidienne, qui viennent buter sans cesse contre l'idée de la mort ?
    On est frappé par la noblesse et la poésie de ces méditations, par la variété de ces thèmes que l'auteur développe, par son honnêteté foncière. Il s'agit, pour lui, plutôt que de pessimisme, d'une trop grande exigence, d'une ambition trop haute, qui ne désespère pas complètement de s'accomplir.

  • "(Ce peu de bruits qui parviennent encore jusqu'au coeur, coeur de presque fantôme.

    Ce peu de pas risqués encore vers le monde dont on dirait qu'il s'éloigne, quand c'est plutôt le coeur qui le fait, de mauvais gré.

    Pas de plainte là-dessus toutefois, rien qui couvrirait les ultimes rumeurs ; pas une seule larme qui brouillerait la vue du ciel de plus en plus lointain.

    Paroles mal maîtrisées, mal agencées, paroles répétitives, pour accompagner encore le voyageur comme une ombre de ruisseau.)"

  • "Ni par l'élection des poètes traduits ni par le nombre de pages accordé aux uns et aux autres, ce recueil ne représente une anthologie de mes goûts ; moins encore, ne serait-ce qu'un fragment d'un panorama de la poésie européenne. L'absence d'un poète tel que Dante, que je place au plus haut - et c'est bien pourquoi j'ai échoué à en traduire même quelques pages -, le dit assez ; mais aussi bien, à un niveau moins élevé, pour l'époque contemporaine, de Saba, de Sereni ou de Celan.

    Ce choix qui n'en est pas un tient, en fait, à des circonstances diverses. Certaines traductions sont le résultat d'une commande ; quelques-unes de la présence de ces poèmes cités dans des essais que j'ai eu à traduire. Quelquefois, découvrant un poème qui me touchait dans l'oeuvre d'un auteur méconnu, ou, à l'occasion d'un voyage en Autriche, toute une oeuvre presque ignorée comme celle de Christine Lavant, j'ai eu le désir de rendre sensibles ces heureuses rencontres à d'autres que moi...

    Reste, bien sûr, que les ensembles plus vastes dont j'ai voulu reprendre ici quelques pages : ceux de Góngora, de Hlderlin, de Rilke, d'Ungaretti et de Mandelstam, représentent vraiment, eux, le fruit de rencontres essentielles dans ma vie de poète, de traducteur et d'homme tout court ; et je remercie les éditeurs qui m'ont permis de les faire figurer ici, dans une perspective nécessairement différente."
    Philippe Jaccottet.

  • L'ignorant

    Philippe Jaccottet

    "A l'heure vague où les fantômes en grand nombre /
    se pressent contre les fenêtres, ameutés /
    par une hésitation entre le jour et l'ombre /
    et menaçant de leurs murmures la clarté,

    un homme prie : à ses côtés est étendue /
    la très belle guerrière désarmée et nue ; /
    non loin repose l'héritier de leurs batailles, /
    il tient le Temps serré dans sa main comme paille.

    'Une prière dite dans la crainte, difficile /
    à exaucer, surtout sans secours du dehors ; /
    une prière dans l'ébranlement des villes, /
    dans la fin de la guerre, dans l'afflux des morts : /

    /> pour que l'aurore, avec sa tendresse tenace, /
    pour que l'entrée de la lumière au ras des monts, /
    comme elle éloigne la lune légère, efface /
    ma propre fable, et de son feu voile mon nom.'"

  • Pendant vingt ans, de 1950 à 1970, Philippe Jaccottet a tenu la chronique littéraire de deux quotidiens de sa ville : la Nouvelle Revue de Lausanne, où avait travaillé, dans des tâches plus obscures, son ami Crisinel, et la Gazette de Lausanne. De tant de lectures faites souvent avec beaucoup de passion, subsistent, sur le papier journal, près de quatre cent cinquante articles.

    Expérience peu commune en ce siècle que celle d'un poète de la plus haute exigence se battant dans le fatras de l'actualité pour faire luire les clés que lui avaient tendues d'autres poètes, ou bien encore des romanciers. Avec le souci d'indiquer des ouvertures, des fenêtres sur la lumière du monde et non d'imposer des mots d'ordre ou de slogans.

    Philippe Jaccottet a pu parfois s'accuser d'éclectisme, tant est grande l'ouverture qui préside à ces pages ; de Benjamin Constant à Robbe-Grillet, de Faulkner à Remizov, de Saint-John Perse à Michaux, se manifeste un seul parti : celui de ne se raidir dans aucun refus a priori. C'est pourtant une image très nette de la littérature qui est défendue ici : un choix en faveur de ce monde, un pari pour le mieux, et non une chute dans le pire, dans des oeuvres où nous pouvons trouver des fragments d'un vrai monde, des trouées, des merveilles non pas dans les nuées mais sur terre, à portée de l'oeil quand celui-ci est lavé, ou ne se détourne pas.

    Jean Pierre Vidal.

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