Littérature générale

  • Innocent du crime de haute trahison dont on l'accuse et condamné à l'issue d'un procès inique, dégradé devant vingt mille Parisiens, déporté en Guyane sur l'île du Diable, le capitaine Dreyfus s'est battu pour la justice et la vérité dès le premier jour de sa mise au secret, le 15 octobre 1894.
    Son courage face à l'effondrement de son existence et à l'enfermement s'exprime tout entier dans les lettres qu'il adresse à sa famille depuis la prison et le bagne. Avec Lucie, sa jeune épouse, il noue une correspondance exceptionnelle qui défie le temps, l'éloignement et l'épreuve inhumaine de la détention. L'écriture épistolaire, malgré la censure, devient pour Alfred et Lucie le monde de leur résistance et de leur amour.
    La violence de l'État quand il s'acharne sur un innocent et menace ses défenseurs, l'antisémitisme déclaré qui saisit l'opinion publique et pervertit la République, la confiance inébranlable d'un couple en la justice de son pays, l'honneur et la solidarité de toute une humanité : dans ces lettres retrouvées, tout résonne avec notre siècle.

  • Le 6 septembre 2009, Antoine de Baecque se lance sur le GR5, pour une 'Grande Traversée' solitaire des Alpes, depuis le lac Léman
    jusqu'à la Méditerranée. De cette aventure, il a tiré un essai d'histoire marchée, mêlant des études savantes sur les Alpes et l'aménagement de la montagne, et une recherche personnelle, 'par les pieds', attentive au corps. Cet exercice d'histoire expérimentale
    plonge dans l'histoire même de ce sentier, dans les strates séculaires laissées par les circulations alpines passées, tantôt chemin de pèlerinage, tantôt sentier commercial ou de contrebande, draille de la transhumance ou voie militaire.
    Il montre comment ce sentier s'est constitué en emblème, remontant à ses pionniers randonneurs, suivant ses 'aménageurs', proposant une typologie de ses usages et une sociologie de ses usagers. Ainsi permet-il au lecteur lui-même de suivre, au rythme de la marche, le chemin qui va dans la montagne.

  • Tout comme l'histoire, la littérature est attachée à la résurrection des morts. Souffle inspiré de l'épopée, minutie narrative et descriptive du roman historique, ou bien réincarnation des acteurs de l'histoire sur la scène du théâtre - certaines oeuvres de fiction donnent au passé une présence souvent plus forte que celle proposée par les livres des historiens.
    Mais Roger Chartier nous met en garde : lorsqu'il les lit, l'historien ne doit jamais oublier l'historicité de ces oeuvres et leur mode de circulation. Si le XVIIIe siècle fonde la littérature sur l'individualisation de l'écriture, l'originalité des oeuvres et le sacre de l'écrivain, il n'en allait pas du tout de même auparavant : fréquence de l'écriture en collaboration, réemploi d'histoires déjà racontées, lieux communs partagés, formules répétées, ou encore, continuelles révisions et continuations de textes jamais clos.

    C'est dans ce paradigme de l'écriture de fiction que Shakespeare a composé ses pièces et que Cervantès a écrit Don Quichotte, à une époque de faible reconnaissance de l'écrivain comme tel : ses manuscrits ne méritaient pas conservation, ses oeuvres n'étaient pas sa propriété et ses livres, dans leur matérialité (ponctuation, divisions internes, paragraphes, etc. qui en fixaient le sens), étaient d'abord l'oeuvre des correcteurs, des typographes et de l'imprimeur. Lecteur des textes littéraires, l'historien se doit plus que jamais de savoir faire la part entre la main de l'auteur et l'esprit de l'imprimeur.

  • En ce temps-là le Languedoc était pour l'Église un danger : ses chefs y toléraient la religion cathare. Pour la France du Nord et la monarchie capétienne, cette province riche, jalouse de son indépendance et de sa culture, mais désunie, était une proie convoitée.
    Quand le pape Innocent III, en 1209, prêcha la croisade contre l'hérésie cathare, commença une longue guerre de conquête : armées de croisés, puis armées royales déferlèrent sur le Languedoc. Les efforts conjugués de la Royauté, de la Papauté et de l'Inquisition eurent raison de la résistance occitane.
    Le 16 mars 1244, Montségur, dernier sanctuaire du catharisme, tombait après un siège de dix mois. Dans une Occitanie annexée à la couronne, il n'y eut plus de tentative de révolte religieuse ni nationale.

  • "Il n'existe en Europe qu'une seule affaire sérieuse, c'est la révolution."
    Le mot est de Metternich en 1832. Dans la France de 1789, l'acception contemporaine du mot "révolution" se fixe : un changement politique violent, fondateur et mémorable. Pour plus d'un siècle, l'obsession révolutionnaire gagne toute l'Europe, du Portugal à la Roumanie et de l'Irlande à la Grèce.
    Il y a les révolutions sans révolutionnaires, ces changements fondamentaux accomplis sans activistes patentés ou convaincus : les surprises parisiennes (juillet 1789 ; juillet 1830 ; février 1848 ; septembre 1870), les révolutions brabançonne et liégeoise, ou bien encore la fondation de nouvelles nations (Italie, Allemagne, Roumanie, Tchécoslovaquie, Yougoslavie).
    Il y a ensuite les révolutionnaires sans révolution, dont l'échec est instructif à plus d'un titre : les soulèvements polonais de 1794, puis de 1830 à 1846 ; le soulèvement irlandais de 1798 ; les décembristes russes de 1825.
    Il y a enfin les victoires des révolutionnaires : la radicalisation de la Révolution française (octobre 1789 ; août 1792 ; juin 1793), les victoires libérales de la révolution belge de 1830 ou de la Suisse fédérale de 1830 à 1848, l'indépendance de la Grèce, la fondation de la République portugaise, de la République polonaise, la proclamation de la République d'Irlande, sans oublier le coup d'État bolchevik de novembre 1917.
    Qu'on explique les succès, à la manière de Tocqueville, par la rencontre entre causes profondes et événements fortuits, ou, à la manière de Lénine, par l'action conjuguée du mécontentement des masses et de l'impuissance des gouvernants, force est à l'historien de conclure : de 1789 à 1918, les motivations des révolutions européennes sont politiques ; elles n'ont qu'indirectement des conséquences ou des caractéristiques sociales. Elles sont, dans la plus grande partie du continent, en premier lieu nationales.

  • Lyrisme visionnaire et convulsé de l'âge baroque, cérémonies exemplaires du Grand Siècle, sérénité désinvolte ou emphatique des Lumières, émotion retrouvée des cimetières romantiques : la mort n'a cessé de changer. À travers les correspondances et les épitaphes, les oraisons funèbres et les testaments, Michel Vovelle retrouve les gestes, les images et les rites d'un monde perdu, les attitudes collectives des hommes devant la mort, des guerres de religion à l'aube du monde contemporain.

  • Graffiti sur les murs de prison, dernières lettres des condamnés à mort, chroniques, poèmes rédigés dans les cachots, dans le ghetto, dans les camps de la mort. Réunions, spectacles clandestins, humour noir, écrits de combat. Ouvrages des enfants condamnés à mort. Messages aux survivants. Archives secrètes ensevelies dans les ruines du ghetto. Manuscrits cachés sous les crématoires d'Auschwitz.
    Michel Borwicz, chef du réseau clandestin dans un camp d'extermination et ancien commandant régional de la Résistance polonaise, analyse ces écrits et dégage leur signification qui révèle les sens d'une époque, tout en la dépassant.

  • Auschwitz

    Léon Poliakov

    En 1964, Léon Poliakov présente un recueil de documents intitulé Auschwitz. L'ouvrage est le premier du genre en France. L'auteur avait découvert et rassemblé des sources dans le cadre du Centre de documentation juive contemporaine ; elles avaient servi à la délégation française, dont il fut membre, au procès de Nuremberg. Car l'histoire du génocide en France a longtemps été écrite dans les marges de la communauté juive organisée, ignorée de l'Université, par des autodidactes qui apprirent sur le tas la rigueur de l'écriture de l'histoire. Poliakov était de ces très rares. Dans cette histoire totale, il conjugue, pionnier, les deux aspects qui étaient encore mal distingués : Auschwitz, haut lieu du génocide ; Auschwitz, camp de concentration où l'on vit, fût-ce d'une vie qui n'est pas une vie. Son attention à tout document nouveau et son extrême discernement le conduisent à intégrer un extrait du témoignage de Primo Levi, passé inaperçu, et à citer, comme illustration de la barbarie, le plaidoyer du médecin SS d'Auschwitz, Hans Münch, qui ne sera condamné par la justice française qu'en 2000.
    Lecteurs, nous privilégions désormais le neuf qui n'est bien souvent que la redécouverte de l'ancien. Or en histoire il est des 'classiques' que l'on gagne à relire périodiquement. Celui-ci est du nombre.

  • La loi du 28 octobre 1997 a supprimé de fait une institution vieille de deux siccles : le service militaire obligatoire. Au commencement, en 1789, les Constituants revaient de soldats-citoyens et d'une armée nationale de métier. Les événements en décidcrent autrement, avec en 1793 la réquisition de citoyens-soldats et la levée en masse d'une nation armée. L'aboutissement en fut la loi Jourdan de 1798, véritablement fondatrice de la conscription, jamais remise en question quel que f"ut le régime : la défense du territoire est désormais le devoir supreme du citoyen et mourir pour la patrie le premier de ses droits.
    Mais la conscription est tout autant un nouvel outil de savoir et de pouvoir pour l'État centralisateur qui mcne un processus d'unification nationale et d'acculturation ´r travers des enquetes sur l'état de santé physique et mental des conscrits.
    Annie Crépin écrit ici la premicre histoire globale, aussi bien politique et idéologique que sociale et culturelle, des rapports entre armée et république, et plus généralement entre conscription, État-nation centralisateur et société.

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