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    Si vous le lisez avec l´espoir de trouver dans J´irai cracher sur vos tombes quelque chose capable de mettre vos sens en feu, vous allez drôlement être déçu.
    Si vous le lisez pour y retrouver la petite musique de Vian, vous l´y trouverez. Il n´y a pas beaucoup d´écrits de Vian dont il ne suffise de lire trois lignes anonymes pour dire tout de suite : «Tiens, c´est du Vian !» Ils ne sont pas nombreux, les écrivains dont on puisse en dire autant. Ce sont généralement ces écrivains-là qui ont les lecteurs les plus fidèles, les plus passionnés, parce que, en les lisant, on les entend parler. Lire Vian, lire Léautaud, lire la correspondance de Flaubert, c´est vraiment être avec eux. Ils ne truquent pas, ils ne se déguisent pas. Ils sont tout entiers dans ce qu´ils écrivent. Ça ne se pardonne pas, ça. Vian a été condamné. Flaubert a été condamné... Delfeil de Ton.

  • On sait l'autre

    Edith Azam

    "On sait : l'autre. On sait qu'il va venir. Il arrive toujours. Il nous tient par les yeux, nous oppresse. Il contamine notre espace, veut nous réduire à petit feu. On sait qu'il est en bas, là, derrière le mur. C'est à devenir dingue. C'est à devenir : on devient. Presque... Mais non, on ne le laissera pas faire, on ne veut pas finir si vite. Alors on se concentre, on se concentre puis on l'attend, l'autre, le pied ferme. On ne veut pas céder à la panique. On court vers la salle de bains se rincer le visage, puis on relève la tête et soudain, le reflet dans la glace, nous dit droit dans les yeux : On : c'est l'autre..."

  • « Nous nous sommes arrêtés en même temps, brusquement, comme par un court-circuit dans le cerveau. Ou était-ce parce que nous avions senti intuitivement que nous avions atteint le sommet, dépassé la toute dernière borne, franchi l'ultime limite de la normalité humaine ? Nous étions devant l'abîme d'un sentiment tout nouveau et grandiose, inconnu du commun des mortels. Une sensation nouvelle et indéfinissable, indicible, intraduisible en langage humain. Un projet prométhéen qui pouvait soit nous détruire ou bien nous associer au festin divin. Et nous nous sommes regardés comme pour la première fois avec de nouveaux yeux. »

  • Le coprophile

    Thomas Hairmont

    «Puisque Dieu se détourne de moi, puisque la grâce du défricheur, du concepteur, du voyant, ne m´est pas octroyée, je n´ai plus aucune raison, désormais, de retarder mon entrée au service de la merde. J´ai divorcé avec les nombres et les lois pour rejoindre les tas mous, les macérations interdites, les excréments intouchables.
    Vous allez, dans quelques instants, écouter mon histoire, celle d´un homme autrefois convaincu par la beauté polygonale du monde. Il s´aperçoit soudain qu´il s´est égaré dans un cachot de verre où les visages sont des miroirs, qu´il s´empresse de briser pour y découvrir une fange mangée de microbes.
    J´ai débusqué la vraie merde derrière l´ordre et l´or de notre temps.
    Ce qui va suivre est le récit de ma traque.»

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