• Ce livre s'attache à faire revivre un bref XIXe siècle, aujourd'hui bien oublié. Des années qui séparent la Révolution française et l'Empire de la Troisième République, c'est la littérature et plus généralement la culture qui nous restent en mémoire. Ainsi, les noms de Balzac, Chateaubriand, Hugo, Degas ou Haussmann sont plus familiers que ceux de Villèle, Ledru-Rollin, Persigny ou Pereire.
    Sylvie Aprile interroge les grandes inflexions et ruptures traditionnelles qui dissocient le premier et le second XIXe siècle, les césures de la monarchie parlementaire, la libéralisation du Second Empire. Alors que le vote s'institutionnalise et que la fonction publique se développe, comment comprendre que la liberté, revendication de 1789 la mieux ancrée dans la société, ne s'impose pas comme le soubassement politique majeur des régimes qui se succèdent, déclenchant deux révolutions ? Tout cela est souvent considéré comme constitutif de "l'exception française". La France est bien cependant connectée à un monde où l'expansion de la colonisation, les rivalités entre puissances, les enjeux économiques tissent une histoire globale qu'on doit affranchir du regard franco-français.

  • Ce livre qui ouvre la période contemporaine s'attache à faire revivre un bref XIXe siècle, aujourd'hui bien oublié. De ces quelque 55 années qui séparent la Révolution française et l'Empire de la Troisième République, régime qui s'impose désormais, c'est la littérature et plus généralement la culture qui nous restent en mémoire. Les noms de Balzac, Chateaubriand, Hugo, Degas, Offenbach ou Haussmann sont plus familiers que ceux de Villèle, Ledru-Rollin, Persigny, Bertin, Pereire, quelques exemples parmi tant d'autres de ces hommes politiques ou de ces élites de la nouvelle société qui se met alors en place. Ce XIXe?siècle est aussi celui des anonymes, hommes et femmes, siècle de l'émergence non plus menaçante de la foule mais des votants, des agents de l'État, des consommateurs et des employés. Bourgeois et ouvriers, avocats et épiciers se côtoient dans un monde de plus en plus urbain qui contemple encore avec sidération l'événement passé qu'est la Révolution et dont tous perçoivent l'inachèvement, l'incomplétude.
    L'ambition de cet ouvrage est de faire partager à travers le récit, les images et les problématiques de l'Atelier de l'historien, tout à la fois ce foisonnement et la façon dont se fabrique aujourd'hui l'histoire du XIXe siècle français. Il a également semblé nécessaire de mettre en question les grandes inflexions et ruptures traditionnelles qui séparent le premier et le second XIXe? siècle, les césures de la monarchie parlementaire, la libéralisation du Second Empire. Ainsi, comment comprendre que la liberté, de tous les acquis de la Révolution le mieux ancré dans la société, ne s'impose pas comme le soubassement politique majeur des régimes qui se succèdent et donc n'étanche pas une soif de démocratie, déclencheur de deux nouvelles révolutions?? Tout cela est souvent considéré comme constitutif de « l'exception française ». La France est bien cependant connectée à un monde où l'expansion de la colonisation, les rivalités entre puissances, les enjeux économiques tissent une histoire globale qu'on doit affranchir du regard franco-français.

  • "Je vous informe dès mon arrivée chez ce patron là que, pour ce qui est de mon travail, j´ai à traire neuf vaches et il y a un très grand taureau et je dois aussi nettoyer le fumier de ces vaches chaque matin. Je dois tirer l´eau du puits pour ces vaches et j´ai encore des cochons, y´en a tant que je sais pas combien ; je dois aussi faire la lessive. Mes mains me font tellement mal que la nuit j´arrive pas à dormir après un travail aussi pénible. Quand y´a eu une fille française, elle a pas fait la moitié de ce travail que je fais. Ce patron a pas de mesure et la patronne non plus. Il dit qu´une fille polonaise est forte." Leonora Adamus, juillet 1934 "Il y a un malentendu entre moi et le fils du Patron. Je travaille ici depuis sept mois et pour la chose il m´a pas laissée tranquille du tout, mais il est venu chez moi et moi j´ai pas réussi à le repousser, il m´a prise de force en me criant dessus et il m´a violée. Qu´est-ce que je vais devenir maintenant, pauvre de moi, je vais me pendre ou me noyer ? Parce que j´ai pas d´autre issue. Et lui, ça l´a fait rire quand je lui ai dit." Maria Bistula, 21 septembre 1931 Traduites du polonais, les lettres poignantes de jeunes immigrées employées comme bonnes de ferme en Indre-et-Loire constituent le corps central de cet ouvrage. Une équipe d'historiennes et de polonistes a tenté, à partir de ces fragments de vie, de recomposer des trajectoires oubliées.
    Sylvie Aprile et Maryla Laurent sont professeurs à l'université Lille 3, la première en histoire contemporaine, la seconde en langue et littérature polonaises. Egalement historienne, professeur des universités, Janine Ponty a exercé à l'Université de Besançon.

  • L'Europe n'a pas surgi du néant au xxe siècle. Présente dans la pensée politique et les relations internationales depuis le xvie siècle, elle suscite, entre 1815 et 1870, un foisonnement de projets - une « Europe de papier » - que cet ouvrage ambitionne d'exhumer. Résultat d'une recherche internationale, les contributions ici regroupées montrent qu'il y a bien eu au xixe siècle naissance d'un véritable dessein européen, politique et institutionnel, qui souhaitait transcender tout autant les projets de « paix perpétuelle » du siècle des Lumières que les expériences révolutionnaires et impériales. OEuvre de réformateurs sociaux, de démocrates, de pacifistes, de libéraux, mais aussi de conservateurs ou de catholiques, parfois intransigeants et désireux d'unifier la « chrétienté », cette « Europe de papier » est le reflet d'un xixe qui n'est pas seulement celui de l'industrialisation ou de l'État-Nation. Comment maintenir la paix ? Comment unir les Européens ? Comment l'élargir vers la Méditerranée ou l'Amérique ? Quelle capitale choisir ? Ces questions alors posées restent débattues. Qualifiés hâtivement d'utopiques, oubliés aujourd'hui, même si les penseurs de l'entre-deux guerres s'y réfèrent souvent, ces projets n'en furent pas moins, derrière un certain nombre de figures tutélaires comme Victor Hugo ou Giuseppe Mazzini, autant de réflexions et de plans, ancrés dans l'ombre portée de l'Empire napoléonien, des expériences nationales, qui participèrent au débat politique de ce siècle. Ils sont toujours d'actualité.

  • Les dossiers nominatifs établis par Julie Duval restent toujours fragmentaires. Ils signalent une situation de crise dans la vie d’une ouvrière agricole. La répétitivité de certaines questions indique les soucis les plus fréquents rencontrés par ces Polonaises dispersées dans la campagne française.
    Les grossesses non désirées sont l’un des thèmes récurrents qu’elles aient été la conséquence de la violence des uns ou de la vulnérabilité des autres, de relations consenties ou contraintes. Il serait évidemment hasardeux d’établir des statistiques, ne serait-ce que, quand tout allait bien, aucun échange épistolaire n’intervenait. L’intérêt de ces lettres est dans l’information authentique qu’elles nous livrent sur la manière dont les jeunes femmes et leur entourage vivaient les choses.

  • Pour entamer l'année 2016, XYZ nous offre les meilleurs fruits de sa cueillette de nouvelles des derniers mois. Hormis certains auteurs habituels comme le minimaliste Luc LaRochelle, la spirituelle Sylvie Gendron ou l'imprévisible Jean-Pierre April, nous découvrirons deux nouvelles plumes : celle de Françoise P. Cloutier qui nous raconte une histoire d'amour aux accents policiers, mélangeant les thèmes de l'immigration et du spiritisme, et celle de Fabien Quérault, qui nous décrit, par le biais d'un narrateur reporter, les dures conditions de travail dans usine de Foshan, en Chine. Du côté de la critique, Gaëtan Brulotte jette un regard rétrospectif sur les deux recueils de Normand de Bellefeuille, Ce que disait Alice et Votre appel est important, à considérer comme de jeunes classiques de notre littérature.

  • Si la discipline historique a déjà largement appréhendé le fait clandestin dans ses multiples composantes (origines, acteurs, esthétique, répression...), elle a plus rarement cherché à l'analyser dans le cadre d'un espace spécifique. Le colloque international « Clandestinités urbaines », qui s'est tenu à l'université François-Rabelais de Tours les 20 au 21 janvier 2006, s'est précisément donné pour ambition, à partir des approches croisées de l'histoire, de la littérature ou de la sociologie, d'aborder les pratiques clandestines dans leur dimension urbaine, avec la volonté d'en repérer les ressorts et les règles, les géographies et les itinéraires, les failles et les vulnérabilités. Les auteurs ont d'abord cherché à décliner différentes formes de pratiques qui, du commerce clandestin au cryptojudaïsme, en passant par l'usage de stupéfiants ou la contrefaçon de livre, posent l'enjeu du rapport entre clandestinité et illégalité. Cette première réflexion s'est prolongée dans l'évocation de figures ou de groupes particuliers qui, à une échelle plus fine, incarnent les stratégies d'évitement et de survie des différents acteurs concernés, ainsi que le type de ressources spécifiques au monde urbain. Dans un troisième temps, il s'agissait de mieux faire ressortir les formes ou les logiques de cette géographie clandestine, ainsi que la vigueur de ses transformations - très sensible par exemple dans les assauts de la ville haussmanienne contre l'habitat précaire, ou dans le Paris de l'homosexualité au xxe siècle. L'étude des répressions faisait enfin apparaître l'ambivalence des évolutions du monde urbain contemporain, à la fois plus dense, plus ramifié, plus incontrôlable, mais aussi de mieux en mieux quadrillé et surveillé. À travers l'étude des clandestinités urbaines, c'est donc toute la question du rapport entre les individus, les groupes sociaux et les pouvoirs, qui se trouve posée, la ville formant par excellence, de l'époque moderne à nos jours, le laboratoire des libertés individuelles mais aussi le creuset des déviances et le terrain d'expérimentation privilégié de certaines techniques du contrôle social.

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