Sciences humaines & sociales

  • Il faut que j'en finisse avec cette écriture. Cela me fait dévier du droit chemin, ou au contraire me remet dans le droit chemin ? Je ne sais pas. En tout cas je veux travailler et être raisonnable. C'est ridicule, comme si je pouvais être raisonnable. »

  • Ce petit livre est écrit par une journaliste de talent, soucieuse de faire comprendre la Suisse, ce pays petit, mais si compliqué, à ceux qui viennent la visiter. De l'expliquer à travers les étapes de sa construction, c'est-à-dire son histoire. De montrer comment ce pays s'est forgé une âme, des cultures politiques, une prospérité qui doivent beaucoup à ses voisins mais qui lui confèrent son identité singulière. La journaliste a fait confiance aux historiens en s'entourant de leurs livres. Et l'historien que je suis est séduit par la lecture qu'elle en a faite, ingénieuse, libre et volontiers provocante. » Jean-François Bergier, préface

  • C'est en 1934 qu'Ella Maillart (1903-1997) voyage en Mandchourie avec sa plume et son Leica. Elle est l'envoyée spéciale du Petit Parisien au Mandchoukouo, empire récemment créé par les Japonais. Son regard de « blanche » observe ici avec humour, là avec perspicacité, les haines de races, la modernisation galopante d'une région, les enjeux de pouvoir entre Japonais, Chinois, Mandchous et Russes. Toujours avec elle priment les faits, « dépouillés et simples ». Ce voyage, où Peter Fleming la rejoint, est le prélude à leur long périple raconté dans Oasis interdites.

  • Pourquoi Zola, Proust, Martin du Gard, Anatole France, Charles Péguy devinrent-ils des dreyfusards ? Et comment le furent-ils dans leur oeuvre littéraire ? Un écrivain, ils l'ont prouvé, n'est pas seulement un styliste ou un fabricant de fictions divertissantes ; il peut aussi être un diseur de réalité, un chercheur de vérité. Pourquoi ? Comment ? Le présent essai tente d'approcher cette énigme.

  • Voici du vrai reportage comme on n'en voit plus guère et un défi lancé à l'opacité d'un pays difficile, paradoxal, la République islamique d'Iran. Du style, de l'émotion, de l'humour, des observations, des atmosphères et d'innombrables confidences - beaucoup murmurées à l'oreille. Une moisson rassemblée non sans peine au cours de plusieurs visites entre 1985, temps de la guerre contre l'Irak, et 1998, temps de l'(entr)ouverture d'un Iran qui depuis la Révolution de 1979 s'était refermé comme une huître.D'une prison politique à une interview en haut lieu, des poètes aux caricaturistes, des minorités religieuses à l'écrasant dirigisme des mosquées, du survivant de la guerre sainte à l'Université théologique pour femmes (où les professeurs hommes enseignent dissimulés derrière un paravent), de la cinéaste marginale à l'avocate féministe, sans compter toutes les rencontres de hasard - et parfois hasardeuses... Et toujours ce (sur)vêtement islamique, obligatoire même pour l'étrangère de passage : comment la voyageuse pourrait-elle oublier un instant en Iran qu'elle Des photos en noir/blanc et en couleurs dues au talent de l'auteur, ainsi que des caricatures d'artistes iraniens, viennent enrichir ces pages.

  • Ce livre n'est pas un pamphlet de plus, mais une tentative de comprendre comment la Suisse multilingue s'est formée, comment elle a aménagé ses relations avec les pays voisins et comment le « mariage de raison » entre Romands et Alémaniques a évolué au cours des siècles.
    Voici une histoire suisse racontée avec un humour et un sens de l'à-propos dont Christophe Büchi a le secret ; ou comment le rude Alémanique, affranchi de la sphère d'influence germanique, a ravi la langoureuse Romandie. Au fil d'un récit richement documenté, on redécouvre les balbutiements de cette union - à laquelle se joignent italophones et romanches - qui deviendra un véritable mariage de raison, parfois source de stabilité pour les époux, mais aussi de contrainte. C'est en analyste avisé de l'histoire et de l'actualité autant qu'en conseiller matrimonial que Büchi répond à la question : y a-t-il encore dans le ménage helvétique la passion nécessaire pour préserver cette union ?

  • Ancien président de la Commission Indépendante d'Experts Suisse - Seconde Guerre mondiale, Jean-François Bergier est aussi un historien dont l'oeuvre publiée est vaste, appréciée en Suisse et à l'étranger. Sous la forme d'une conversation, ce livre propose un témoignage sur la trajectoire, les choix, les passions d'une personnalité inscrite désormais dans l'histoire de notre pays. C'est aussi une réflexion vivante - et de « vive voix » - sur l'histoire, l'histoire de la Suisse dans l'Europe, la Suisse au coeur du massif alpin. C'est enfin un plaidoyer pour une histoire responsable, critique et ouverte, qui nous invite à une connaissance du passé débarrassée de ses mythologies persistantes, pour que s'ouvre enfin un nouveau, indispensable et attendu « travail de mémoire ».

  • Le Titanic n'en finit pas de hanter notre imaginaire. Est-ce parce qu'il était le plus grand et le plus luxueux paquebot jamais construit ? Ou en raison du déroulement étrange de son naufrage ? De l'atmosphère irréelle, presque théâtrale, qui préside à l'impensable tragédie est née l'idée de cet ouvrage, dans lequel les souvenirs des rescapés permettent de comprendre ce qui s'est passé et en même temps de poser des questions sur le monde qui est le nôtre. Car aujourd'hui, que nous le voulions ou non, nous sommes tous sur le pont du Titanic. Nous vivons dans une perpétuelle urgence, comme si le futur n'attendait pas son tour. Nous ressentons que toute chose est décalée par rapport au sérieux du monde. Nous éprouvons à chaque instant la beauté de ce qui va disparaître.

  • Les attentats du 11 septembre 2001, et leurs répliques en Asie et en Europe, nous ont jetés dans l'angoisse et le désarroi. Le nouveau désordre mondial est d'abord dans nos têtes. Y aurait-il, malgré toutes nos dénégations, un vrai « choc des civilisations » ? Et si oui, quelles civilisations ? L'Occident contre l'islam, l'Europe contre l'Amérique ?
    Dans cette confusion, nous voudrions sauver notre spécificité européenne, mais au nom de quoi le faisons-nous ? A lire les journaux et les livres parus depuis trois ans, souvent signés de plumes prestigieuses, on peut craindre que ce soit au nom d'une sagesse impuissante, d'un pacifisme hargneux, et d'une autocritique aussi complaisante que suicidaire.
    Pourtant, l'Europe n'est pas tout à fait indigne de vivre. L'idéal de civilisation qu'elle a si souvent trahi n'est pas mort pour autant. Il faut ressaisir cet idéal, remonter à sa source, le réaffirmer dans toute sa claire exigence. A ce prix, nous resterons civilisés.
     
    ETIENNE BARILIER, essayiste et romancier, est notamment l'auteur de Contre le nouvel obscurantisme (Prix européen de l'essai).

  • Un nom si bref et si vibrant qu'il se fixe dans la mémoire comme la flèche dans la cible. Une apparition - à l'automne du Moyen Âge -, ou plutôt la fixation soudaine d'une image jusque-là errante. Un thème à la fois local et universel, bien plus complexe qu'il n'apparaît au premier regard. Une aventure poursuivie sur un demi-millénaire, portée par les poètes, les artistes, les hôtes de la Suisse, accueillie par les nations, diffusée au-delà des Océans, en dépit des perplexités, des réserves des érudits. Une méditation cent fois reprise sur l'imbrication des thèmes de la violence et de la liberté

  • Et si, au lieu de vouloir être bons, nous essayions d'être nous-mêmes ? Et si, face aux grandeurs des autres civilisations, nous songions à notre grandeur propre, qui n'est pas de chercher la perfection, mais de nous vouloir perfectibles, et de chercher le bien sans jamais quitter des yeux la beauté ni la vérité ?

  • Notre Europe angoissée et désenchantée rejette ses propres valeurs : les Lumières seraient une immense erreur ; l'espoir de changer le monde serait vain pour toujours, l'Histoire serait finie, et la science nuisible. On prétend donc donner à la raison son congé. Retour du religieux ? Non : ressac de la superstition.
    Or bafouer ainsi toute pensée rationnelle et raisonnable, fût-ce au nom du coeur, c'est laisser libre carrière à la barbarie : le fanatisme, religieux ou non, se nourrit de nos peurs et de nos paresses d'esprit. Car la raison, que l'on prétend aujourd'hui mépriser, est beaucoup plus que la raison. Elle est désir de faire la lumière sur l'oppression, l'hypocrisie, le jeu des intérêts, les violences commises au nom de la religion. La raison dénonce et débusque l'inhumain. Et le progrès n'est pas l'affaire de la science, encore moins de la technique : c'est l'affaire de la conscience.

  • Quand d'Alès sort de chez les bons pères qui en ont fait un helléniste remarqué, son directeur d'études lui recommande, en cas de difficultés futures, de s'en remettre à Platon plutôt qu'à la Bible.Son père, avocat influent dans le Paris du Second Empire, n'a pour lui qu'un intérêt distant et lui conseille d'aller « cultiver sa muse ». Alors d'Alès voyage en Europe de bordel en bordel, comme d'autres, à cette époque, vont de ville d'eaux en ville d'eaux.Initiation aux filles puis au goût pour les femmes payées. On rencontrera, un abbé à la faconde licencieuse et auteur des Prolégomènes à la théologie du stupre ; l'inventeur de la « succhiatrice », un robot à fellation ; et enfin un modèle de rouerie, la comtesse Graziani, une grande beauté aussi brûlante que glaciale, initiatrice d'un bouquet final d'un érotisme étrange.D'une écriture exacte et brillante, enrichi de références érudites, le récit de Jean-Jacques Langendorf est une sorte de parodie du roman lubrique à l'anglaise.

  • En Suisse, pendant la guerre, 17 hommes furent exécutés. 17 contre des milliers, le bilan est en notre faveur ! Ernst S. était un tout petit, et ce n'est pas qu'on n'en avait pas, des gros, mais c'est qu'on ne les a pas arrêtés, et le juge militaire n'est responsable que de la condamnation, non de l'arrestation. Quant à savoir qui est arrêté, d'autres en décident. Ainsi - et il faut qu'il en soit ainsi dans un Etat de droit - de même que la compétence, l'innocence est aussi répartie.
    Peter Bichsel

  • Joëlle Kuntz propose une histoire de la Suisse sous une lumière inhabituelle, celle de sa dépendance. Pour elle, le génie de la Confédération réside moins dans la défense de son indépendance que dans les liens nombreux qu'elle a tissés au fil du temps pour survivre et prospérer. Forte de ce passé, la Suisse serait prête aux alliances si elle n'était momentanément écrasée sous le monument sévère de cette idole inflexible et butée, l'indépendance.

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